Dimanche 26 juin 2011
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La nouvelle version du Notre Père est apparue dans la liturgie
catholique en France à la messe de la Veillée pascale de 1966. Une demande fit très vite problème d’un point de vue théologique comme d’un point de vue exégétique ou philologique : « Ne nous
laissez pas succomber à la tentation » était devenu « Ne nous soumets pas à la tentation ».
Or, actuellement, personne n’est satisfait de la traduction œcuménique de la sixième demande du Notre Père.
En effet, cette traduction suppose une certaine responsabilité de Dieu dans la tentation qui mène au péché, au mal.
Le mot peirasmos pourrait certes être traduit par « épreuve » et non par « tentation ».
Mais « Ne nous soumets pas à l’épreuve » semble demander à Dieu que nous échappions à la condition humaine normale, marquée par l’épreuve.
La traduction littérale du texte grec de Mt 6,13 devrait être « Ne nous induis
pas en tentation » ou « Ne nous fais pas entrer en (dans la) tentation », « Ne nous introduis pas en tentation ». Le verbe eisphérô signifie étymologiquement «
porter dans », « faire entrer ». La tentation est vue comme un lieu dans lequel Dieu nous introduirait. Mais Dieu pourrait-il nous « introduire » en tentation ? Ce verbe exprime un
mouvement local vers un lieu où l’on pénètre. Il fait penser à Jésus, alors qu’il conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté (Mt 4,11), ou encore à Gethsémani : « Priez pour ne pas
entrer en tentation » (Mt 26,41). Or, dans tout le Nouveau testament, il n’est pas dit que Dieu tente sa créature humaine. La formule semble supposer que Dieu puisse tenter l’homme, alors
que c’est le diable qui se charge normalement de cette opération. Dieu n’est pas l’auteur de la tentation.
Plusieurs traductions ont été étudiées :
« Ne nous soumets pas à la tentation » : cette traduction évoque l’image d’un Dieu
qui fait subir la tentation et qui serait comme l’auteur de la tentation.
« Fais que nous n’entrions pas en (dans la) tentation » : cette traduction
cherche à dédouaner Dieu d’être l’auteur de la tentation.
« Ne nous fais pas entrer dans la tentation » : certes « entrer dans la
tentation », ce n’est pas nécessairement y succomber, mais c’est entrer dans cette situation critique où Satan (le Mal) commence à nous atteindre et où nous risquons, à cause de notre
faiblesse, de nous laisser vaincre. Cependant elle risque de désigner encore une certaine responsabilité de Dieu dans la tentation.
« Ne nous laisse pas entrer en tentation
» : cette traduction serait meilleure d’autant qu’elle se rapprocherait d’une source littérale araméenne. En français « laisser
faire » veut dire « ne pas empêcher ». « Ne pas laisser faire » a le sens positif d’« empêcher ». Dieu peut permettre que nous entrions dans la tentation
et nous donner la force de pouvoir en « sortir ».Dieu ne nous tente pas, mais il nous met parfois à l’épreuve en permettant à Satan (le Mal) de nous tenter pour nous purifier. Avec cette
traduction, nous supplions Dieu : « ne permets même pas que nous entrions en tentation ». Nous lui demandons d’intervenir en notre faveur pour écarter de notre route un danger
redoutable, celui de prendre le risque d’être séparé de Lui et de son Peuple.
La Traduction Liturgique de la Bible pourrait donc choisir de proposer « Et ne nous laisse pas
entrer en tentation » appuyée par Mt 26,41. Déjà la Bible de Segond de 1964 reprenait l’expression « Ne nous laisse pas entrer en tentation », comme le fera la Bible de
Jérusalem de 2000. Son introduction dans le Notre Père de la messe et dans l’usage courant attend un accord des évêques, de toutes les Églises et Communautés ecclésiales francophones car il
importe que les chrétiens continuent à dire ensemble la prière que le Seigneur a enseignée.
+ Hervé Giraud, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin